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Comment s’étonner que les surveillants soient violemment en colère ?
Publié le 16.05.2009
Leurs conditions – j’allais dire « de détention » - sont indignes. Comme le leur renvoient souvent les détenus, eux ont « pris perpète ». Et leur situation s’est, comme celle des détenus, fortement aggravée. Citons trois raisons majeures à cette dégradation qui, TOUTES, trouvent leur origine dans les politiques pénales et pénitentiaires de ces dernières années :
- La surpopulation : elle est directement en lien avec les politiques « tough on crime » que M. Sarkozy et ses prédécesseurs ont copié sur d’autres Etats occidentaux. Peines de plus en plus longues, peines planchers, peines exécutées de manière plus complète (diminution des réductions de peine des récidivistes, pression mise sur les juges qui ont peur de prononcer des aménagements de peine, etc.). La surpopulation pour les surveillants, c’est beaucoup plus de monde à gérer, des détenus rendus littéralement fous à devoir vivre dans une promiscuité indigne et de ne pouvoir matériellement participer à la moindre activité, ce sont des établissements qui se dégradent de façon particulièrement rapide, des douches en moins, bref des détenus qui se retournent contre les gardiens, qui sont en première ligne.
- La prévalence de la maladie mentale. Elle n’a cessé d’augmenter, d’une part, du fait du mouvement de l’antipsychiatrie, mais plus récemment du fait du remplacement de l’article 64 de l’ancien code pénal par l’article 122-1 du nouveau code pénal, qui retient l’hypothèse de la responsabilité partielle du malade mental. Résultat : la prison fait désormais office d’hôpital psy. Les gardiens là encore, non formés et toujours en première ligne, doivent composer avec de grands psychopathes, skizophrènes manifestement délirants, mais que les « experts », qui les ont examiné quinze minutes (quand ils en ont vu un : c’est rare en matière correctionnelle), ont trouvé parfaitement aptes à suivre leur procès et à subir une peine. Les politiques sont fortement responsables, qui ont été trop contents durant des décennies, de fermer des lits d’hôpital, ne construisent pas les UMD qui seraient indispensables, et qui, par diverses lois récentes (loi du 10 août 2007, loi du 25 février 2008), montrent qu’ils considèrent manifestement qu’en outre certaines formes de délinquance sont per se des maladies qu’il faut obliger les délinquants à soigner en détention naturellement. Faux fous obligés de se soigner ; vrais fous incarcérés le mélange des genres est total.
- Le durcissement des régimes de détention. L’administration centrale est en partie responsable de la dégradation des conditions de détention dont les surveillants font les frais. Si la surpopulation concerne les maisons d’arrêt, dont le régime a toujours été particulièrement dur, les portes étant toujours fermées en journée et les activités très rares, dans les établissements pour peine, dans les années 1985/2000 environ, la situation s’était améliorée. Les portes étaient ouvertes de jour en centre de détention et même dans la plupart des maisons centrales. Ainsi non seulement une convivialité pouvait-elle s’instaurer (prendre le café dans la cellule du voisin, s’y inviter pour jouer aux cartes ou discuter), mais encore et surtout l’accès aux diverses activités était facilité. L’impression d’enfermement était corrélativement moins violente. Or au début des années 2000, l’AP a décidé brutalement de fermer les portes en maison centrales et a instauré, en centre de détention, un régime dit différencié, se caractérisant par des portes fermées, régime auquel accèdent les « mauvais », notion qu’elle définit, sans texte, comme elle le veut, et sans respecter les procédures disciplinaires ou quasi disciplinaires que la loi du 12 avril 2000 avait imposées. Depuis lors, c’est le grand enfermement et l’impossibilité d’accéder de manière libre à la moindre activité. Il est indéniable que l’AP doit composer avec la violence et tenter de la prévenir. Il est pourtant bien connu que plus les conditions de détention sont dures, moins elles sont humaines, et plus le niveau de violence augmente dans les structures pénitentiaires. En instaurant ces régimes inhumains, et en les imposant à des détenus purgeant de longues peines, qui vont donc devoir les subir sur de très longues périodes, il est indéniable que l’AP fait courir des risques corrélatifs aux surveillants.
A ces problèmes de fond, la ministre n’a nullement répondu dans son relevé de conclusion du 5 mai qui ne traite que de revendications catégorielles et d’un arrêt de l’application des règles pénitentiaires européennes (faut-il rappeler qu’il n’était déjà en réalité question que de 8 RPE sur 108 ?).
Pour l’heure les surveillants semblent avoir arraché des postes supplémentaires. Pas de quoi, pourtant modifier réellement leurs conditions de travail, puisque le fond ne fait l’objet d’aucune réflexion.
Il est certain que la situation va s’aggraver si la loi pénitentiaire est finalement votée, qui donnera un fondement juridique à la différenciation des régimes – c’était son objectif majeur – et permettra ainsi de durcir encore un peu plus la condition des détenus ; l’américanisation des régimes carcéraux sera en marche, ce qui mettra directement en danger les surveillants, dont l’aspect humain et social de l’activité se réduira encore un peu plus.
Bien loin de respecter les règles pénitentiaires, comme le gouvernement l’a « vendu » aux media, elle sen éloignera durablement. A cet égard il faut noter que si les règles pénitentiaires admettent une prise en compte de la dangerosité du détenu (), elles énoncent aussi que le régime de détention « doit permettre à tous les détenus de passer chaque jour hors de leur cellule autant de temps que nécessaire pour assurer un niveau suffisant de contacts humains et sociaux » (art. 25.2).
Martine Herzog-Evans
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